Prière d’insérer

Pascal NICOLAS-Le STRAT

Sociologue, professeur en sciences de l’éducation, membre du laboratoire Experice et co-responsable de sa thématique structurante “Territoires en expérience(s)” (développée sur le site de Campus Condorcet), Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis

Antérieurement, maître de conférences en sociologie à l’Université Montpellier 3.

Né le 29 août 1962

pascal.nicolas-lestrat@orange.fr

Recherche de plein air

Le blog associé à mon séminaire “dit” doctoral à l’Université Paris 8

Blog de la recherche En Rue (Martine Bodineau, Pascal Nicolas-Le Strat, Louis Staritzky)

Faire recherche en voisinant (Campus Condorcet, La Plaine Saint-Denis)

Habilitation à Diriger des Recherches (spécialité sociologie) soutenue le mardi 10 décembre 2013 à l’Université Paul Valéry-Montpellier 3.

Doctorat soutenu en janvier 1996 sous la direction de Jean-Marie Vincent, professeur de sociologie, à l’Université Paris 8 – Saint Denis.

Mes thèmes de recherche concernent

a) les micropolitiques de création ou de résistance ;
b) les formes d’expérimentation politique, artistique ou sociale ;
c) les politiques du savoir ;
d) le Travail du commun comme nouveau champ de pratiques professionnelles et citoyennes, transversal à l’art, à l’urbain, au social… (agir le commun / agir en commun).

Je poursuis une réflexion méthodologique, épistémologique et politique sur La recherche de plein air (recherche-action, recherche collaborative, recherche en situation d’expérimentation sociale, permanence de recherche…).

Mes principales publications

La sociologie que ce livre revendique est une sociologie résolument engagée dans l’action. Elle ne se tient pas à distance des enjeux sociaux et politiques, mais elle les investit expressément en s’associant aux expérimentations dans lesquelles s’aventurent des collectifs activistes en vue d’une transformation émancipatrice des formes de vie et d’activité. Ces expérimentations sont particulièrement actives sur le terrain des occupations, des pratiques de réappropriation, des productions en open source, des expériences artistiques de co-création ou encore des processus collaboratifs en matière urbaine et architecturale. Ce type de recherche en situation d’expérimentation revêt une portée à la fois critique, en assumant autant que nécessaire son engagement oppositionnel, et contributive en apportant sa pierre à ces mobilisations collectives en quête et en conquête d’une plus grande autonomie de vie. Depuis une quinzaine d’années, l’auteur met en pratique sa sociologie en coopérant avec des collectifs d’artistes, activistes, architectes, militants ou professionnels à l’occasion des expériences qu’ils développent (occupations, jardins communs, communautés de pratiques, co-créations, œuvres communes…). Dans ce livre, il reparcourt plusieurs de ses terrains de recherche afin de fonder politiquement et épistémologiquement ce type de recherche critique, fortement en prise avec les situations et toujours conduite en étroite association avec les personnes concernées.

Nouvelle édition revue et augmentée • Éditions du commun, 2018, 232 p.

Le commun a fait son grand retour dans les pratiques mais surtout dans les discours médiatiques, numériques et politiques. Pascal Nicolas-Le Strat attrape ce terme pour le travailler de manière conceptuelle afin de mieux y revenir dans nos quotidiens. Ce passage obligé permet de retourner voir le commun dans ce qui fait son actualité mais aussi son intemporalité : les biens communs du numériques aux ressources naturelles, des pratiques collectives aux enjeux de communautés, des savoirs expérientiels…

L’engagement pour le commun se manifeste avec force. Il est au cœur des luttes sociales et écologiques (squat, occupation, Zone À Défendre…) et au centre d’une multiplicité d’expérimentations qui transforment en profondeur les formes de vie et d’activité (atelier coopératif, communauté de pratique, centre social autogéré…).

Le commun est donc mis au travail par de nombreux collectifs qui refusent de se laisser déposséder de leur vie et de leurs espoirs tant par une gestion étatique lourdement technocratisée et bureaucratisée, que par le fonctionnement arbitraire et inégalitaire du marché. Le travail du commun puise son énergie émancipatrice dans cette double critique, critique de l’État qui dépossède les citoyens de l’administration des biens et services d’intérêt collectif, critique du marché qui isole les individus et corrompt systématiquement les possibilité de partage et de mutualisation.
Le travail du commun témoigne de la volonté d’agir en commun pour construire les communs indispensables à une vie plus juste et plus égalitaire, que ce soit dans notre vie quotidienne avec le désir de renouer avec des formes de vie plus conviviales et plus solidaires ou que ce soit dans nos activités professionnelles et militantes dans un idéal de coopération et d’autonomie.

Ce livre explore plusieurs des questions qui s’ouvrent lorsque le commun est mis au travail. Comment instituer démocratiquement un commun ? Comment se décaler par rapport aux modèles dominants et rouvrir nos imaginaires ? Comment agir ensemble pour développer la part commune de nos vies et de nos activités ? Ce livre dialogue avec plusieurs des cadres de pensée et d’action qui animent aujourd’hui la critique sociale : Do It Yourself, capacitation, co-création….

Éditions du commun • 2016 • 232 p.

Chronique de l’activité d’un enseignant-chercheur (Journal mars 2015 / février 2016) • La Petite imprimerie • 2016 • 269 p.

Depuis une vingtaine d’années, je développe une sociologie des activités créatives-intellectuelles, principalement sur le terrain de l’art, mais aussi sur celui des études et recherches appliquées. À l’occasion de la préparation, en 2012-13, de mon Habilitation à Diriger des Recherches (HDR), j’ai tenté de reconstituer la genèse de cette recherche. Ce livre propose donc un retour sur parcours et sur expérience.

Dans le chapitre 2, je retrace les principaux moments conceptuels de cette sociologie des activités créatives-intellectuelles (Une sociologie élaborée sur le terrain de l’art). Sur un plan plus méthodologique, dans la partie 3, je m’efforce de caractériser le type de recherche que je pratique en coopération avec des artistes, des activistes urbains ou des intervenants sociaux (Une pratique de recherche en situation d’expérimentation).

Ce livre esquisse certaines lignes de cohérence dans mon parcours en sociologie, parcours qui est nécessairement à la fois trajectoire d’un chercheur, développement d’une recherche (une sociologie des activités créatives-intellectuelles), mais aussi cheminement méthodologique à travers la façon dont j’ai traversé et exploré nombre de terrains, fréquemment sous la forme de recherches-expérimentations.

Il s’agit de dessiner aussi bien le paysage d’une sociologie que le portrait d’un sociologue. La première partie du livre (Portrait du sociologue en militant) possède une dimension proprement biographique.

Le contenu de la troisième partie a déjà fait l’objet d’une publication, en 2013, aux Presses Universitaires de Sainte Gemme sous le titre Quand la sociologie entre dans l’action (La recherche en situation d’expérimentation sociale, artistique ou politique).

Presses Universitaires de Sainte Gemme • 2014 • 416 p.

Première édition • Presses Universitaires de Sainte Gemme • 2013 193 p.

Fabrique de sociologie réunit mes journaux de recherche, notes de travail et publications rédigés entre novembre 2009 et février 2011. Pour des raisons à la fois politiques et théoriques, je pense indispensable, dans une période où les activités à portée émancipatrice (soin, éducation, science sociale, enseignement, études littéraires, culture…) sont violemment remises en cause, de montrer plus explicitement ce que recouvre l’activité d’un enseignant-chercheur. J’invite donc le lecteur à entrer dans l’atelier. Il découvrira les doutes et avancées d’une recherche, les ruses de métier pour résister aux emprises institutionnelles et l’espoir que je mets dans une sociologie critique plus offensive et moins dépendante de l’enceinte universitaire. Ces « chroniques d’une activité » s’adressent en premier lieu aux étudiants en sciences sociales afin qu’ils se familiarisent avec le quotidien d’une recherche, loin du discours aseptisé et désincarné des manuels. Elles sont rédigées également à l’attention des nombreux professionnels (artistes, intervenants sociaux, architectes…) et militants qui engagent une collaboration avec des chercheurs en sciences sociales. L’avenir d’une sociologie critique est un avenir de coopérations et de co-productions ; nous ne progresserons dans cette perspective que si nous faisons l’effort, de part et d’autre, de rendre lisibles et compréhensibles nos processus de travail. Fabrique de sociologie reflète la passion que je conserve pour l’exercice de mon activité et la forte défiance que j’éprouve envers l’évolution managériale de l’institution universitaire. J’espère, avec ce livre, contribuer à une réflexion critique sur le devenir des sciences sociales en prenant en compte le « réel politique de cette activité » et en assumant pleinement le point de vue constituant d’une sociologie-en- train-de-se-faire.

Fulenn • 2011 • 374 p. • acheter en ligne

Ce livre restitue, sous la forme d’un journal de terrain, une recherche sociologique réalisée dans le cadre du projet artistique Correspondances citoyennes en Europe − Les migrations au cœur de la construction européenne. L’auteur a partagé le travail en résidence des artistes : vidéaste, plasticien, écrivaine et comédienne, dessinateur et architecte, photographe. Cette recherche éclaire la conception et la conduite d’un projet à la fois transnational et transdisciplinaire. Elle expérimente et analyse les possibilités de coopération entre artistes et chercheurs en sciences sociales. Plusieurs problématiques sont étudiées dans l’ouvrage : les récits de vie et de migration, les processus artistiques à l’œuvre dans un quartier, la rencontre entre personnes, la gouvernance d’un projet multidimensionnel.

Este libro restituye, bajo la forma de un diario de campo, una investigación sociológica realizada dentro del marco del proyecto artístico Correspondencias ciudadanas en Europa− las migraciones en el corazón de la construcción europea. El autor ha compartido el trabajo en residencia de varios artistas: un vídeo-creador, un pintor, una escritora y actriz, un dibujante y arquitecto y, por último, un fotógrafo. Esta investigación alumbra la concepción y la realización de un proyecto a la vez internacional e interdisciplinario. Experimenta y analiza las posibilidades de cooperación entre artistas e investigadores en ciencias sociales. Esta obra estudia varias problemáticas: los relatos de vida y de migración, los procesos artísticos que intervienen en un barrio, el encuentro entre personas y la dirección de un proyecto multidimensional.

Édition bilingue • projet Correspondances citoyennes en Europe • 2011 • 455 p. • acheter en ligne

Nombreux sont les acteurs socio-politiques qui s’engagent dans une politique de l’expérimentation afin de réfuter, en pratique et en pensée, les formes dominantes de faire la ville et de la vivre, de constituer les activités et de les pratiquer, de concevoir les institutions et de les gouverner. Ils agissent en situation, à la fois dans et contre la situation. Ils s’emparent de l’existant mais pour mieux le contredire. Ces artistes, militants, sociologues, intervenants sociaux ou activistes urbains expérimentent les situations au sens où ils mettent leur intention critique à l’épreuve des situations rencontrées et se confrontent nécessairement à leur indétermination — et cette indétermination les “oblige”, les oblige à reconsidérer régulièrement leur point de vue et à poser de nouvelles hypothèses, à tester d’autres modalités d’action et à reconfigurer, en conséquence, leur mode d’intervention. Cette politique de l’expérimentation, avec l’ensemble des questions qu’elle pose à l’engagement critique, est au cœur de l’ouvrage et elle conduit l’auteur à revisiter les notions de micropolitique, de multitude, de commun, de puissance constituante, de compétence ou, encore, d’agencement.

Fulenn • 2009 • 160 p. • acheter en ligne

Un journal tenu pendant l’élaboration et la réalisation d’un écrit de travail (mémoire, thèse, essai…) peut en être considéré comme la “face cachée”.

Dans ce journal de recherche, tenu durant le début et la mise en place de son travail de thèse, Pascal NICOLAS-Le STRAT nous livre ses réflexions parallèles, voire perpendiculaires, diffractées par l’axe principal de son travail.

Nous découvrons ici le quotidien du doctorant, son impact sur son travail et, surtout, l’effet, le poids de cette thèse en devenir sur ce quotidien.
La somme des sentiments provoqués par ces interactions, avec sa dimension humaine et plus seulement scientifique, permet de faire avancer notre propre réflexion, nos propres travaux, en vagabondant sur les chemins de traverse de la recherche.

Fulenn • 2009 • 84 p. • acheter en ligne

Ce livre analyse des formes d’expérimentation sur plusieurs terrains sociaux, artistiques et politiques : les interstices urbains, les occupations temporaires, l’agencement d’une coopération, la constitution pluraliste des expertises, l’écosophie d’un projet, la co-évaluation des situations de travail, le devenir minoritaire d’une langue.

Expérimenter, c’est constituer un contre-pouvoir à l’intérieur même des situations.

Expérimenter, c’est faire advenir de nouvelles formes de vie et d’activité, de pensée et de création.

Expérimenter, c’est se montrer aussi mobile et créatif que le sont les formes contemporaines de pouvoir.

Expérimenter, c’est opposer aux dispositifs de domination une puissance d’autonomie et de singularisation.

Expérimenter, c’est faire varier une situation pour en moduler les perspectives.

Expérimenter, c’est déployer une question à l’endroit même où les institutions imposent une solution.

Fulenn • 2007 • réédition 2009 • 120 p. • acheter en ligne

L’expérience de l’intermittence se généralise dans de nombreux champs professionnels. Ce livre s’intéresse plus spécifiquement à trois d’entre eux : les champs de l’intervention sociale, du travail artistique et de la recherche en science sociale.

Le récent mouvement des intermittents du spectacle a contribué à libérer la parole d’autres intermittents dont la condition était jusque-là méconnue : intermittents du social (intervenants sociaux), intermittents de la recherche, intermittents de la création (artistes de différentes disciplines).

Comment maintenir une continuité de revenu dans un contexte de grande discontinuité de l’activité et de forte précarité ? Comment préserver la qualité d’un travail de création, de recherche ou d’éducation quand les contrats se multiplient et que l’activité se disperse?

L’auteur propose de réfléchir à une nouvelle « constitution » du travail, appropriée aux conditions de l’intermittence et réellement protectrice des travailleurs.

Ce livre s’appuie sur les travaux conduits par l’auteur, dans ces différents champs professionnels, depuis une douzaine d’années.

Cette dissémination et démultiplication des activités créatives-intellectuelles interrogent également le statut de l’auteur – le statut de l’artiste et du chercheur, du professionnel et du spécialiste. Cette interrogation fait l’objet d’un entretien avec Mélanie Perrier en conclusion de l’ouvrage.

L’Harmattan • 2005 • 129 p.

Cette « Notes et Études » présente une recherche réalisée au printemps 2004, à l’invitation de Doina Petrescu et Constantin Petcou, dans le quartier La Chapelle à Paris, sur le site de la halle Pajol (friche industrielle, anciennement entrepôt SNCF).

La recherche concerne un projet d’activation urbaine – le projet ECObox – dont l’objet est l’occupation temporaire et participative d’espaces en friche ou sous-aménagés afin d’y installer des micro-équipements de proximité.

Cette stratégie d’Éco-urbanité s’est concrétisée, sur le site de la halle Pajol, par la création de micro-jardins autogérés et de modules urbains mobiles (module “cuisine”, module “bibliothèque”…).

Les initiateurs d’ECObox ont su conserver au projet sa « disponibilité », sa porosité, sa transversalité. C’est une condition incontournable pour que la participation des habitants devienne effective. En effet, comme espérer un authentique engagement des personnes si les imaginaires restent bridés (par une esthétisation envahissante) et les usages contraints (par une technicité intimidante ou une trop grande segmentation des espaces) ?

ECObox a su se développer en préservant une certaine discrétion de fonctionnement (pas de réglementation suspicieuse), loin également de l’activisme si souvent observé en matière d’intervention sociale ou urbaine. L’utilisation de matériaux de récupération (par exemple, des palettes en bois pour la confection des micro-jardins) est emblématique de ce projet qui se maintient réceptif et adaptable, ouvert aux initiatives.

iscra • 2004 • 68 p.

Les administrations, les entreprises et les collectivités publiques recourent fréquemment à des prestations de conseil, d’étude, d’évaluation ou de recherche appliquée. La production de savoir est désormais intrinsèquement liée à l’action, qu’elle soit administrative ou productive.

La relation de consultance est le modèle serviciel qui régule cette mobilisation des savoirs à des fins productives, qui la régule d’un point de vue épistémique (une validité sociologique se convertit en pertinence organisationnelle), d’un point de vue professionnel (entre positionnement disciplinaire et posture d’intervention, entre qualification intellectuelle et compétences cognitives), et d’un point de vue entrepreneurial (de l’auto-constitution de l’activité à sa valorisation).

Une consultance s’analyse nécessairement sur un double plan, sur le plan de l’activité elle-même (une sociologie du travail de consultance) et sur le plan des savoirs effectivement mobilisés / élaborés à l’occasion d’une intervention (une épistémologie des savoirs de consultance).

Plus fondamentalement encore, une consultance s’analyse sur un plan polémologique, en tant que micro-politique du savoir. Une consultance implique les autres acteurs de l’organisation : sur quel type d’alliance s’appuie-t-elle ? S’inscrit-elle dans une logique de coopération, en particulier avec les savoirs portés par les collectifs de travail, ou, au contraire, dans une logique de disqualification et de déconsidération ?

Cette détermination ouvertement politique est bien souvent l’impensé des pratiques de consultance : la focalisation sur la méthode ou le résultat permet d’occulter à bon compte le processus lui-même et sa portée polémologique.

L’Harmattan • 2003 251 p.

L’œuvre de Slimane Raïs se réalise sous le signe de la rencontre et de la conversation. C’est aussi de cette façon que ce livre a été confectionné, sur le mode d’un échange, un échange qui s’amorce en février 2000 dans le cadre de la Biennale d’art contemporain de Lyon et qui se poursuivra sur deux années, au bon vouloir de l’un et de l’autre.

L’œuvre de Slimane Raïs interpelle et travaille de nombreuses sensibilités de vie, et elle entraîne alors le sociologue vers des zones d’indistinction où les grandes catégories sociologiques du privé et du public, de l’intime et du commun ne s’excluent plus mais s’indéterminent. En accordant une présence publique (sous la forme d’un agencement artistique) à des fragments d’existence, à peine entraperçus, souvent infimes, elle met la sociologie en situation d’indécidabilité. Ce qui d’ordinaire se répartit naturellement entre l’intime et le public devient parfaitement indécidable. Comment, dès lors, juger d’une situation que l’initiative artistique assimile à une expérience publique alors que toute notre expérience la perçoit comme une expérience intime ?

Le travail de Slimane Raïs sollicite de nombreuses « configuration sensibles »: ces moments d’intimité que nous destinons à des répondeurs téléphoniques (Le Magasin, Grenoble, 1997), des émotions personnelles qui se mêlent à une célébration publique (Crédac, Ivry, 1998), des secrets jalousement conservés que nous dévoilons à un inconnu (Arteppes, Annecy, 1997), les mots les plus communs auxquels nous recourons pour exprimer une part intime de soi, un désir (Art sur la place, Lyon, 2000), le partage incertain qui traverse nos CV entre valorisation et dépréciation de soi (Villa du parc, Annemasse, 2001).

Presses Universitaires de Grenoble • 2002 • 98 p.

Plusieurs essais composent cet ouvrage. Ce qui fait l’unité d’un recueil reste toujours incertain. Ces textes partagent néanmoins une même préoccupation : débusquer dans chaque réalité ce qu’elle réserve comme « mobilité intempestive », que cette réalité intéresse l’art, le travail ou le savoir.

Cet idéal de mobilité est partagé par de nombreuses expériences conceptuelles et politiques : l’expérience de l’exode et la découverte de cet « exil de l’intérieur » que partagent les travailleurs précaires, l’agencement des schizo-apprentissages qui nous confrontent à toutes ces interruptions substantielles constitutives de notre parcours de formation, la pratique de l’occupation et du squat qui magnifie la présence de ceux dont justement la présence se dérobe (les sans-travail, les sans-papiers, les artistes-sans-lieu).

Nous retenons dans l’expérience de la mobilité ce qu’elle comporte comme puissance critique, que cette critique joue à l’encontre des conventions classiques de l’art, du travail ou de la langue.

Ces « mobilités intempestives » nous renvoient à l’actualité d’un art qui déborde radicalement les corpus autorisés et les manières homologuées de créer (un art rendu à sa multitude) ; elles inaugurent de nouvelles dispositions de travail qui ne se laissent plus contenir par les conventions capitalistes-fordistes (l’exode du travail hors de sa condition salariale).

Cet idéal de mobilité est également constitutif de l’expérience du rap quand il squatte la langue pour mieux la subvertir (le devenir-rap).

L’Harmattan • 2000 • 127 p.

L’art se développe aujourd’hui sur le mode d’une créativité diffuse.

Les avant-gardes artistiques ont fait franchir à l’art ses dernières limites. Aucun idéal esthétique, aucune norme académique ne réussissent à contenir les pratiques contemporaines. L’art se mêle à tout, se mêle de tout. L’art fait un avec la vie elle-même. Ce débordement des corpus et des territoires débouche sur une pluralité de formes et sur une multiplicité de pratiques.

Le capitalisme contemporain essaie de mobiliser à son profit cette « créativité diffuse » dans le cadre de son industrie culturelle, urbaine et touristique, comme il le fait de façon similaire pour d’autres qualités existentielles : le social, l’intellect, les affects…

La « constitution » de cette nouvelle force de travail, désormais largement disséminée et démultipliée, s’articule sur différents plans :

  • son agencement à l’échelle de « micro-bassins de travail immatériel », en grande partie lié aux politiques publiques ;
  • son organisation en réseaux, déployée sur les territoires urbains et ponctuée par une multitude de festivals ;
  • son entrepreneuriat, à la portée tant socio-économique (associer fonctionnellement les compétences) que socio-politique (réguler les rapports sociaux de coopération).

 

Cette « constitution » post-fordiste émerge dans des conditions de forte précarité. Et nombreux sont les artistes qui travaillent avec, pour niveau de revenu, les minima sociaux (RMI, en particulier).

Néanmoins, dans ces mondes de la « créativité diffuse », de multiples initiatives artistiques (friches, occupations, interventions urbaines, arts de la rue…) montrent qu’il est possible de s’opposer avec la même puissance tant à la structuration classique des mondes de l’art, qu’à l’emprise capitaliste sur les activités immatérielles.

L’Harmattan • 1998 • 155 p.

Le capitalisme post-fordiste développe une « technologie » de la participation / implication afin d’intégrer plus fortement les individus à son mode de fonctionnement.

L’entreprise préconise de nouvelles formes de mobilisation de l’homme-au-travail à travers ses conceptions productives (organisation par projets) et sa gestion des ressources humaines (bilan de compétence).

La politique publique n’échappe pas à cette rhétorique de l’implication. Nombre de politiques incluent aujourd’hui une obligation d’engagement de la part de l’usager, en particulier sous la forme de contrats d’insertion et de projets de formation.

Nous qualifions de « surimplication » cette obligation qui est faite à chacun de toujours attester ce qu’il fait (contrat), ce qu’il est (bilan) et ce à quoi il aspire (projet).

Cette mise sous tension de l’existence et ce rapport oppressif à soi caractérisent les nouvelles formes de contrainte et de domination portées par le capitalisme contemporain.

Dans une perspective foucaldienne, nous montrons que cette technologie de l’implication relève d’un mécanisme de pouvoir bien spécifique, qui prend pour objet la vie elle-même et qui s’efforce de maximiser l’aptitude des individus à juger de leur conduite, par l’entremise d’une évaluation de compétence ou d’un projet professionnel.

L’Harmattan • 1996 172 p.